Vacances à peine préparées, on descend tranquillement et on essaie de voir du monde.
Morvan
Départ de Paris après la foule du we noir d'alternance de vacanciers. Direction à Corbigny chez Bérénice et Guillaume ; Corbigny où nous nous étions brièvement arrêtés il y a quelques années lors de notre remontée du canal du Nivernais avec Caroline et Benoit.
C'est une des villes du coin dont je me souviens le mieux, nous y avions diné au restaurant et dormi à l'hôtel à l'occasion de l'anniversaire de Blaise, ça nous changeait des campings municipaux, par ailleurs très sympas, très peu chers et bien équipés, que nous avions fréquenté au long de cette semaine. La rue principale du village comportait plusieurs petits commerces qui rendaient l'endroit plus vivant que prévu, tels que fournisseur de petit électroménager, mercerie et autres boucheries fleurant bon les trente glorieuses.
Entre-temps l'endroit avait été démystifié par nos échanges avec les locaux de l'étape car ça reste une commune rurale avec une population qui vote très majoritairement extrême-droite. Par exemple la librairie est un relais actif de Soral. Bref.
On se rejoint au lac du Crescent, j'apprends que la région est notamment connue pour ses lacs, c'est une des réserves qui alimentent Paris. Donc : baignade, les copains peuvent y passer toute leur journée ; on joue avec le chien des voisins, on saute des petits rochers qui bordent le lac, on regarde les pêcheurs qui campent en face et on reste au frais vu qu'il fait 35°.
La cousine de Bérénice travaille dans la biotech, je suis fasciné par le fait que son entreprise développe des solutions de stockage de données sur ADN : c'est la concrétisation de la toute cette SF des années 90-2000.
La campagne autour de Lormes est tout simplement sublime, nous nous déplaçons dans une une succession de paysages rêvés du haut moyen-âge ces petites collines qui s'enchaînent en alternance avec de petits champs, des pâtures, des bosquets et des hameaux.
La maison, collée à l'église est gigantesque et dispose d'un jardin pile de la bonne taille pour ne pas y perdre de temps en jardinage, un rêve de parisien. Les enfants sont enchantés, il faut dire que Guillaume est un parfait animateur de soirées jeu.
Haute-Loire
Changement de campagne, on bascule sur les plateaux d'Auvergne et là aussi les paysages sont moyenâgeux en diable, les villages perchés sur des pitons ou bien blottis au fond de vallées inexpugnables, les forêt denses et les pentes brutales. On entrevoit des bouts de campagne comme depuis un avion avant de plonger dans des combes pour rejoindre
Retour à Vorey-sur-Arzon où nous étions venus il y a allègrement 20 ans et avions passé plusieurs jours tassés au coin du feu pour conjurer le froid glacial (je me souviens particulièrement de l'expédition chez le voisin pour acheter du bois).
Entre-temps les deux maisonnettes ont été réunies afin de disposer d'espaces utilisables par des êtres humains normaux du XX°, au lieu d'un empilement de cagibis où se réfugier l'hiver avec le bétail. La canicule nous poursuit toujours et on profite des soirées dans le jardin, ainsi que de quelques baignades dans la Loire.
Le Tarn
Déjà la fin de notre première semaine de vacances, on rejoint les Causses des Cévennes pour retrouver Sixtine et Thomas dans un camping en bord de rivière à Le Rozier, haut lieu du canyonning ainsi que des expéditions de grimpeurs vers les gorges du Tarn et de la Jonte. Légère inquiétude liée au fait que notre emplacement, certes au bord de l'eau, semble dangereusement ensoleillé.
Ça me stresse un peu car je suis en train de lire Le ministère du futur et le premier chapitre décrit une canicule mortelle.
Le ministère du futur
J'étais pas forcément emabllé à l'idée de le lire, mais vu le succès de la chose je me suis dit que ce serait con de passer à côté. Mais je n'ai jamais été fan de ce type de SF, choral et qui se déroule sur des décennies ou siècles ; les personnages ne sont guère que des prétextes à dérouler une histoire longue, et rendre attachant des individus fictifs qui ont vocation à disparaitre au chapitre suivant... demande un talent que n'a pas Kim Stanley Robinson. D'ailleurs la trilogie martienne m'était tombée des mains.
Bref j'ai tenté le coup, ça se lit plutôt agréablement au début puis le lecteur se heurte à des gimmicks très agaçants ainsi qu'à des chapitres théoriques utiles aux gens qui n'ont aucune notion d'écologie ni de problèmes liés au bouleversement climatique.
À part ça on suit principalement deux personnages : un humanitaire pris dans une canicule mortelle en Inde qui, victime de PTSD, erre pendant le reste du livre sans servir à rien ; et une femme responsable d'un commissariat des Nations Unies dédié à rendre le futur soutenable (le ministère du futur donc) et qui semble errer elle aussi de réunions en meetings en restaurants à Zurich.
Comme ça se passe dans très peu de temps, le discours géopolitique est déjà débordé et tout le livre est teinté de techno-solutionnisme : la finance mondiale ? réglée par une blockchain indexée sur le carbone. Les glaciers disparaissent ? creusons des trous pour pomper l'eau qui, à leur base accélèrent leur déplacement, afin de les faire reposer de nouveau sur la roche. Il faut chaud les gens meurent ? projetons dans l'atmosphère des millions de tonnes de particules pour imiter les grosses éruptions et refroidir le climat.
En conclusion : pas de discours politique articulé, ou bien au niveau de la maternelle, pas de description de solutions viables sur le terrain, pas de mention de lowtech, on laisse de côté les zaibatsus, on ne parle pas des modifications sociales engendrées par les bouleversements décrits à haut niveau, on se farcit des saynètes condescendantes... et en plus on suit des personnages aux motivations floues
J'ai arrêté avant la fin en me demandant bien où se trouve le cerveau de la critique littéraire mondialisée, vu les louanges qu'a reçu la chose.
Le Tarn, suite
Nous subissons la canicule, heureusement atténuée par de longues stations aquatiques : canöé sur le Tarn avec des millions de nos contemporains, accès direct à la rivière depuis le camping. On arrive quand même à faire une via ferrata astucieusement orientée à l'ouest, ainsi qu'une randonnée balade au-dessus du village. Dans les deux cas, formations rocheuses étonnantes, vue d'avion sur les gorges (400 m de dénivelé mais très abrupt) et passage de vautours à 10m de nous. Petit passage par le causse Méjean (à sa périphérie), paysages sublimes qui donnent très envie de revenir en inter-saison, enfin à un moment où les températures seraient supportables.
Lozère
Passage rapide par chez Chantal pour une réunion familiale improvisée ; sa maison de famille retapée dans une ancienne grange, est sublime et idéalement placée dans un village minuscule proche de Florac. Petit spot de baignade merveilleusement désert.
Anecdotes d'enfance de sa part lorsque les congères étaient si hautes que personne ne pouvait plus se déplacer. Jusqu'au début du siècle on sonnait la cloche dans certaines zones du Causse pour guider les voyageurs ou voisins perdus.
Florac est une ville qui ne compte que 2000 habitants mais semble bien active et en effet elle compte 104 associations, ce qui fait beaucoup. Passage par l'atelier Tuffery, un incontournable. Et un super petit restau avec Gounette. Ha oui parce qu'entre-temps nous sommes descendus jusqu'à Alès, avons tenté le camping en descendant mais les températures avaient suivi la route et étaient montées d'autant donc nous sommes revenus sur nos pas pour trouver une délicieuse température nocturne de 16°.