Poltergeist

un journal personnel

Les enfants sont de plus en plus autonomes et vaquent à leurs occupations, la pression de la rentrée devrait diminuer, d'autant que j'ai finalement lâché cette vague idée de peut-être un jour m'investir dans une associations de parents d'élèves, après avoir vu de trop près les bénévoles surinvestis et malgré les têtes à claques venues pour défendre leurs petits intérêts lamentables.

Mais en fait non j'ai l'impression que chaque mois de septembre vient avec son lot de nouveautés qui provoquent un sentiment d'urgence et de suroccupation. Et curieusement c'est aussi le moment des bonnes résolutions puisque c'est plus une période de renouveau que le mois de janvier, bien engoncé dans le creux de l'hiver

Or donc parmi ces résolutions, j'éprouve désormais le besoin de faire des trucs et donc de chercher une occupation, au même titre que les enfants font du cirque, du chant choral allemand ou de la boxe en pleine conscience. Ce qui est très étrange car je n'en ressentait pas le besoin plus jeune, j'avais l'impression de me suffire à moi-même (enfin, en terme d'occupation) : des bouquins et quelques passages au bar avec les copains représentaient mon horizon de complétude humaine. Rattrapé par la patrouille temporelle j'ai l'impression de me retrouver désœuvré sans savoir comment reconnecter avec cet ancien moi pour qui végéter sur un canapé des heures durant semblait ne poser aucun problème.

En bon velléitaire, j'ai tendance à engranger des enthousiasmes tout aussi fulgurants que fugaces, en tout cas peu suivis d'effet et j'en suis venu à constater que je suis totalement incapable du moindre effort suivi dans la durée. Et je le vis mal.

Je pourrais pourtant arrêter de culpabiliser à l'idée de toutes ces envies avortées, et en arriver au stade où, autant admettre qu'elles n'étaient que prétextes à la rêverie, ou peut-être une manière de satisfaire le collectionneur en moi. Le collectionneur de souhaits, celui qui voudrait faire du sport, et des randonnées et se mettre au dessin ou bien pourquoi pas à la musique, à la poterie à moins que ce soit la forge ; tout ça pourrait se marier avec la photographie ou se mixer avec la gravure et l'impression, être rehaussé d'aquarelle d'ailleurs tous ces carnets à peine entamés, porteurs d'espoirs de souvenirs faits main, pourraient allègrement être repris, trouver leur place dans un musée personnel, bénéficier d'une calligraphie sophistiquée, accueillir des cyanotypes et participer à la construction d'une histoire personnelle, familiale ; au passage on pourrait fabriquer du papier, des pinceaux, des appareils photos, aller observer des animaux dans les bois, aller voir les levers de soleil, ramasser des jolis petits cailloux.

Mais non je suis jaloux de toutes celles et ceux qui produisent quelque chose de leur main, ou plus précisément qui peuvent s'absorber totalement dans l'acte de faire, sans se préoccuper du résultat.

Vacances à peine préparées, on descend tranquillement et on essaie de voir du monde.

Morvan

Départ de Paris après la foule du we noir d'alternance de vacanciers. Direction à Corbigny chez Bérénice et Guillaume ; Corbigny où nous nous étions brièvement arrêtés il y a quelques années lors de notre remontée du canal du Nivernais avec Caroline et Benoit.

C'est une des villes du coin dont je me souviens le mieux, nous y avions diné au restaurant et dormi à l'hôtel à l'occasion de l'anniversaire de Blaise, ça nous changeait des campings municipaux, par ailleurs très sympas, très peu chers et bien équipés, que nous avions fréquenté au long de cette semaine. La rue principale du village comportait plusieurs petits commerces qui rendaient l'endroit plus vivant que prévu, tels que fournisseur de petit électroménager, mercerie et autres boucheries fleurant bon les trente glorieuses. Entre-temps l'endroit avait été démystifié par nos échanges avec les locaux de l'étape car ça reste une commune rurale avec une population qui vote très majoritairement extrême-droite. Par exemple la librairie est un relais actif de Soral. Bref.

On se rejoint au lac du Crescent, j'apprends que la région est notamment connue pour ses lacs, c'est une des réserves qui alimentent Paris. Donc : baignade, les copains peuvent y passer toute leur journée ; on joue avec le chien des voisins, on saute des petits rochers qui bordent le lac, on regarde les pêcheurs qui campent en face et on reste au frais vu qu'il fait 35°. La cousine de Bérénice travaille dans la biotech, je suis fasciné par le fait que son entreprise développe des solutions de stockage de données sur ADN : c'est la concrétisation de la toute cette SF des années 90-2000.

La campagne autour de Lormes est tout simplement sublime, nous nous déplaçons dans une une succession de paysages rêvés du haut moyen-âge ces petites collines qui s'enchaînent en alternance avec de petits champs, des pâtures, des bosquets et des hameaux. La maison, collée à l'église est gigantesque et dispose d'un jardin pile de la bonne taille pour ne pas y perdre de temps en jardinage, un rêve de parisien. Les enfants sont enchantés, il faut dire que Guillaume est un parfait animateur de soirées jeu.

Haute-Loire

Changement de campagne, on bascule sur les plateaux d'Auvergne et là aussi les paysages sont moyenâgeux en diable, les villages perchés sur des pitons ou bien blottis au fond de vallées inexpugnables, les forêt denses et les pentes brutales. On entrevoit des bouts de campagne comme depuis un avion avant de plonger dans des combes pour rejoindre

Retour à Vorey-sur-Arzon où nous étions venus il y a allègrement 20 ans et avions passé plusieurs jours tassés au coin du feu pour conjurer le froid glacial (je me souviens particulièrement de l'expédition chez le voisin pour acheter du bois).

Entre-temps les deux maisonnettes ont été réunies afin de disposer d'espaces utilisables par des êtres humains normaux du XX°, au lieu d'un empilement de cagibis où se réfugier l'hiver avec le bétail. La canicule nous poursuit toujours et on profite des soirées dans le jardin, ainsi que de quelques baignades dans la Loire.

Le Tarn

Déjà la fin de notre première semaine de vacances, on rejoint les Causses des Cévennes pour retrouver Sixtine et Thomas dans un camping en bord de rivière à Le Rozier, haut lieu du canyonning ainsi que des expéditions de grimpeurs vers les gorges du Tarn et de la Jonte. Légère inquiétude liée au fait que notre emplacement, certes au bord de l'eau, semble dangereusement ensoleillé. Ça me stresse un peu car je suis en train de lire Le ministère du futur et le premier chapitre décrit une canicule mortelle.

Le ministère du futur

J'étais pas forcément emabllé à l'idée de le lire, mais vu le succès de la chose je me suis dit que ce serait con de passer à côté. Mais je n'ai jamais été fan de ce type de SF, choral et qui se déroule sur des décennies ou siècles ; les personnages ne sont guère que des prétextes à dérouler une histoire longue, et rendre attachant des individus fictifs qui ont vocation à disparaitre au chapitre suivant... demande un talent que n'a pas Kim Stanley Robinson. D'ailleurs la trilogie martienne m'était tombée des mains.

Bref j'ai tenté le coup, ça se lit plutôt agréablement au début puis le lecteur se heurte à des gimmicks très agaçants ainsi qu'à des chapitres théoriques utiles aux gens qui n'ont aucune notion d'écologie ni de problèmes liés au bouleversement climatique. À part ça on suit principalement deux personnages : un humanitaire pris dans une canicule mortelle en Inde qui, victime de PTSD, erre pendant le reste du livre sans servir à rien ; et une femme responsable d'un commissariat des Nations Unies dédié à rendre le futur soutenable (le ministère du futur donc) et qui semble errer elle aussi de réunions en meetings en restaurants à Zurich. Comme ça se passe dans très peu de temps, le discours géopolitique est déjà débordé et tout le livre est teinté de techno-solutionnisme : la finance mondiale ? réglée par une blockchain indexée sur le carbone. Les glaciers disparaissent ? creusons des trous pour pomper l'eau qui, à leur base accélèrent leur déplacement, afin de les faire reposer de nouveau sur la roche. Il faut chaud les gens meurent ? projetons dans l'atmosphère des millions de tonnes de particules pour imiter les grosses éruptions et refroidir le climat.

En conclusion : pas de discours politique articulé, ou bien au niveau de la maternelle, pas de description de solutions viables sur le terrain, pas de mention de lowtech, on laisse de côté les zaibatsus, on ne parle pas des modifications sociales engendrées par les bouleversements décrits à haut niveau, on se farcit des saynètes condescendantes... et en plus on suit des personnages aux motivations floues

J'ai arrêté avant la fin en me demandant bien où se trouve le cerveau de la critique littéraire mondialisée, vu les louanges qu'a reçu la chose.

Le Tarn, suite

Nous subissons la canicule, heureusement atténuée par de longues stations aquatiques : canöé sur le Tarn avec des millions de nos contemporains, accès direct à la rivière depuis le camping. On arrive quand même à faire une via ferrata astucieusement orientée à l'ouest, ainsi qu'une randonnée balade au-dessus du village. Dans les deux cas, formations rocheuses étonnantes, vue d'avion sur les gorges (400 m de dénivelé mais très abrupt) et passage de vautours à 10m de nous. Petit passage par le causse Méjean (à sa périphérie), paysages sublimes qui donnent très envie de revenir en inter-saison, enfin à un moment où les températures seraient supportables.

Lozère

Passage rapide par chez Chantal pour une réunion familiale improvisée ; sa maison de famille retapée dans une ancienne grange, est sublime et idéalement placée dans un village minuscule proche de Florac. Petit spot de baignade merveilleusement désert.

Anecdotes d'enfance de sa part lorsque les congères étaient si hautes que personne ne pouvait plus se déplacer. Jusqu'au début du siècle on sonnait la cloche dans certaines zones du Causse pour guider les voyageurs ou voisins perdus.

Florac est une ville qui ne compte que 2000 habitants mais semble bien active et en effet elle compte 104 associations, ce qui fait beaucoup. Passage par l'atelier Tuffery, un incontournable. Et un super petit restau avec Gounette. Ha oui parce qu'entre-temps nous sommes descendus jusqu'à Alès, avons tenté le camping en descendant mais les températures avaient suivi la route et étaient montées d'autant donc nous sommes revenus sur nos pas pour trouver une délicieuse température nocturne de 16°.

Que faire quand on est bloqué chez soi (ou presque) pendant un mois ? Je m'étais naïvement imaginé des quêtes existentielles et des accomplissements personnels renversants, j'aurais dû savoir mieux.

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Me voici quasiment cloué au lit suite à une opération, c'est le moment de faire un peu le point sur mes dernières lectures frappantes, d'autant qu'en prévision de ce moment j'ai dépensé mes sous à tort et à travers libéralement dans les librairies pour alimenter le plaisir anticipé consistant à créer des piles de lectures au pied de mon lit et dans mes étagères.

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Voici une revue rapide des sites qu'on a visité. Tout est extrêmement normé durant ce voyage, c'est d'un repos total et on se laisse porter au point de ne pas savoir (si on veut) ce qu'on fera dans deux heures. Ce qui est certain par contre c'est que chaque journée comporte de plaisantes périodes de glande absolue, qu'on passe à dormir, ou de manière plus productive, à bouquiner vautrés comme des phoques (des phoques capitalistes bien entendu, à qui des soignants amènent du poisson pour qu'ils n'aient pas besoin de se déplacer. Et la nourriture étant pléthorique, nous avons effectivement engraissé durant le séjour) sur le pont drôlement confortable du Dahabieh. La croisière comporte ainsi presque deux jours pleins sans aucune visite, juste de la glande assumée.

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Notre trajet le long du Nil commence par une promenade en voiture jusqu'au barrage situé au nord de Louxor. La route est assez fréquentée, mais bon il n'y a pas tant que ça de routes dans ce pays, et beaucoup de choses s'y passent puisque c'est le seul axe routier à longer le fleuve de ce côté.

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Vingt ans après mon premier séjour, j'aurais du mal à dire ce qui a changé. Pas l'expérience du transport aérien, ça c'est sûr on est toujours traité comme du bétail, mal assis et mal nourri mais c'est une bien faible punition pour tout ce carbone injecté dans l'atmosphère.

Difficile aussi d'ignorer qu'on arrive dans un état policier délabré, l'aérogare le proclame haut et fort ; néanmoins ce que je trouvais marrant, suranné et exotique il y a quelques années, me semble désormais triste et flippant (et un peu marrant quand même, mais d'une triste manière).

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Se passer des GAFAM, une utopie à l'heure du capitalisme de surveillance / techno-féodalisme (par exemple j'ai beau en être sorti, Google lit tous les mails que j'envoie à mes nombreux correspondants qui y sont restés, et même avec une empreinte réduite au minimum je sais que mon activité numérique alimente un profil utilisé par des brokers...). J'ai tout de même un vieux réflexe de sortie, qui doit être celui du poisson ouvrant ses ouïes sur la grève.

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Il existe un truc sur les réseaux sociaux que je fréquente, qui s'appelle (le truc, hein, pas le réseau social) 30DayMapChallenge. C'est un peu bizarre le concept de se pousser les uns les autres à publier des contenus mais en fait c'est l'occasion de voir pleins de réalisations cartographiques et certaines valent vraiment le détour ça peut être cool. Enfin plein ça dépend du réseau social évidemment par exemple sur Mastodon, même si mon l'instance à laquelle je participe s'appelle mapstodon, j'en vois moins que les gens sur d'autres réseaux pour lesquels je ne ferai pas de publicité ici.

Bref, je me suis lancé cette année.

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L'année passée j'avais réussi à visiter le Mobilier National, enfin le site qui se trouve à côté de chez moi dans le 13°, à l'occasion des journées du Patrimoine.

Sachez en passant que c'était vraiment trop bien, à la fois marrant, intéressant et complètement décalé -notamment parce que j'ai aussi visité la manufacture nationale des Gobelins qui est au même endroit-, de penser que des gens continuent à travailler comme au moyen-âge en plein Paris et là je pense bien sûr aux tisserandes qui par exemple en 2023 terminaient la tapisserie des JO 2024 dessinée par Marjane Satrapi, sur des métiers à tisser âgés au bas mot de 200 ans.

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